Partie II · Répondre · Livret 6 sur 17
La terre et ceux qui la travaillent
Agriculteurs, jeunes qui veulent s'installer, consommateurs.
En bref
La demande : un prix qui couvre ce que coûte de produire, et une concurrence loyale. La réponse : l'interdiction d'acheter sous le prix de revient, filière par filière, une clause miroir contre les importations hors normes, la maîtrise des volumes en crise à l'échelle européenne, l'aide à l'installation par le portage foncier, et les cantines nourries par la production française. Le principe : nourrir le pays doit permettre de vivre.
Ce qu'on nous dit
- « On veut vivre de nos prix, pas de primes. » Une phrase entendue sur tous les barrages de tracteurs depuis 2024.
- « Interdire d'acheter sous le prix de revient. » Coordination rurale, Confédération paysanne et Modef, ensemble.
- « Non au Mercosur, moins de normes. » L'alliance FNSEA–Jeunes agriculteurs, avec plus de 7 000 agriculteurs à Strasbourg en janvier 2026.
- « Priorité à l'installation, pas à l'agrandissement. » La Confédération paysanne.
Ce qui se passe vraiment
- Pour la première fois depuis 1978, la balance agroalimentaire française est déficitaire : l'excédent, qui oscillait entre 5 et 10 milliards par an, a laissé place à un déficit d'environ 500 millions d'euros sur les douze mois de décembre 2024 à novembre 2025.
- Vingt-cinq fermes disparaissent chaque jour. Chaque année depuis 2015, environ 20 000 exploitants arrêtent et 14 000 seulement s'installent.
- La moitié des agriculteurs en activité en 2020 partiront à la retraite d'ici 2030, et la moitié d'entre eux n'ont pas de repreneur.
- 17,7 % des exploitants vivent sous le seuil de pauvreté, contre 14,4 % de la population.
- 53 % des agriculteurs citent l'argent comme première cause de leur colère, loin devant les normes. 89 % des agriculteurs et 88 % des Français estiment que le prix payé au producteur est la clé de la souveraineté alimentaire.
- Les lois Égalim de 2018, 2021 et 2023 ont voulu protéger le prix agricole dans les négociations avec la grande distribution. Elles n'ont pas empêché qu'on achète encore sous le coût de production.
- Les pesticides divisent : à l'été 2025, une pétition contre la réintroduction d'un néonicotinoïde a dépassé deux millions de signatures, quand une partie des agriculteurs la réclamait faute d'alternative.
Ce qu'on fait
- Interdire d'acheter sous le prix de revient, filière par filière. Le prix plancher est égal au coût de production constaté par l'Observatoire de la formation des prix et des marges, plus un revenu paysan au moins égal au SMIC. Les chiffres sont publiés chaque année par une conférence de citoyens, d'experts et de représentants de toutes les filières et de tous les syndicats.
- La maîtrise des volumes en crise, à l'échelle européenne. Quand un marché s'effondre, on aide les producteurs à produire moins plutôt qu'à vendre à perte. L'Europe l'a fait pour le lait en 2016 : on en fait un outil permanent.
- La clause miroir. Aucun produit importé ne peut concurrencer la production française sans respecter des normes sanitaires et environnementales équivalentes. Un pesticide interdit en France est interdit dans ce qu'on importe.
- Les accords commerciaux sous contrôle. Tout accord qui touche à l'agriculture, du CETA au Mercosur, est soumis à l'Assemblée à la majorité qualifiée. Si l'Union refuse la clause miroir, la France impose seule des taxes compensatoires sur les produits hors normes.
- Réduire les pesticides sans ruiner. Chaque interdiction est accompagnée d'une alternative financée et d'une aide à la transition, et elle s'applique en même temps aux produits importés. On ne met plus le paysan français en concurrence avec celui qui a le droit d'utiliser ce qu'on lui interdit.
- La terre pour s'installer. L'État achète la terre pour le jeune qui s'installe, et celui-ci la rachète sur quinze à vingt ans au lieu de s'endetter d'un coup. Objectif : passer de 14 000 à 20 000 installations par an. Priorité à l'installation sur l'agrandissement.
- Les cantines et les hôpitaux nourris par la production française. Aucun marché public alimentaire ne peut être servi par des denrées produites hors d'Europe quand une filière française équivalente existe.
- Des contrats pluriannuels garantis pour les agriculteurs qui s'engagent sur une production adaptée aux besoins, inscrits dans la loi et non renégociés chaque année.
- Une représentation plurielle. Les grandes orientations agricoles sont décidées avec tous les syndicats, les consommateurs et des citoyens des territoires ruraux, et non par un seul syndicat avec le ministère.
Qui décide, avec quel texte, dans quel délai
| Mesure | Voie | Délai |
|---|---|---|
| Prix plancher au prix de revient | Loi, puis conférence annuelle | Première année |
| Commande publique locale | Loi et code de la commande publique | Cent premiers jours |
| Clause miroir et taxes compensatoires | Négociation européenne, puis loi si l'Union refuse | Deux ans de délai à l'Union |
| Contrôle des accords commerciaux | Révision de la Constitution (livret 13) | Avec la réforme des institutions |
| Portage foncier | Loi, financement par l'épargne fléchée | Première année |
| Maîtrise des volumes | Politique agricole commune | Négociation de la prochaine PAC |
Combien, et qui paie
- Le prix plancher ne coûte rien au budget. Il se prend sur la marge des intermédiaires et de la grande distribution, que l'Observatoire publie déjà.
- Le portage foncier est un investissement remboursé par les agriculteurs eux-mêmes, financé par l'épargne populaire fléchée.
- L'accompagnement de la sortie des pesticides s'appuie sur les crédits existants du plan Écophyto 2030, dont 146 millions pour la recherche d'alternatives, que l'on double. Le reste se finance sur la politique agricole commune et sur les taxes compensatoires à l'importation.
- La commande publique locale peut coûter un peu plus cher aux cantines au début. La différence est prise en charge pour les communes les plus pauvres.
Dès demain, sans attendre le pouvoir
- Monter un circuit court : une AMAP, un magasin de producteurs, un marché à la ferme.
- Pousser sa commune à lancer un projet alimentaire de territoire, qui relie producteurs, cantines et habitants.
- Demander que la cantine de l'école achète local : les marchés publics le permettent déjà en partie.
Les objections, et nos réponses
- « Un prix plancher, c'est contraire au marché. »
- Un marché où l'on achète sous le coût de production fait disparaître 25 fermes par jour. Le prix plancher n'interdit pas la concurrence : il interdit de la gagner en ruinant le producteur.
- « Le prix va monter pour le consommateur. »
- La part du producteur dans le prix final est faible. Le plancher se finance d'abord sur la marge des intermédiaires, et la commande publique locale stabilise les débouchés.
- « La clause miroir déclenchera une guerre commerciale. »
- Elle vise la façon de produire, pas le drapeau. Elle s'applique aux produits européens hors normes comme aux autres. Et l'Union reçoit deux ans pour agir avec nous.
Comment on saura que ça marche
- Le revenu agricole moyen, et la part des exploitants sous le seuil de pauvreté.
- Le nombre d'installations chaque année, sur la trajectoire de 20 000.
- La balance commerciale agroalimentaire.
Sources
- Pauvreté des exploitants : Insee, données 2020.
- Balance agroalimentaire : Sénat, commission des affaires économiques, rapport du 28 janvier 2026, d'après le ministère de l'Agriculture. Installations : MSA.
- Positions syndicales : Pleinchamp ; mobilisation de Strasbourg : JA–FNSEA, janvier 2026.
- Pétition de 2025 contre la loi Duplomb : LCP. Réduction des volumes laitiers en 2016 : Réussir, « 850 000 tonnes de lait produit en moins en Europe fin 2016 ».
- Lois Égalim : lois du 30 octobre 2018, du 18 octobre 2021 et du 30 mars 2023.