Partie II · Répondre · Livret 5 sur 17
Produire notre énergie
Tous, et en particulier les jeunes qui se méfient du nucléaire.
En bref
La demande : une énergie qui ne ruine pas les ménages, qui ne dépende plus des guerres des autres, et qui ne détruise pas le climat. La réponse : sortir du pétrole au plus vite, en mettant chaque source à sa place : le nucléaire comme socle, les barrages comme batterie, l'éolien et le solaire comme compléments possédés en partie par les riverains, la géothermie pour la chaleur. La méthode : regarder chaque risque en face, y compris ceux du nucléaire, plutôt que de choisir un camp.
Ce qu'on nous dit
- « Il n'y a pas de planète B. » Les marches pour le climat, depuis 2019.
- « Le nucléaire, c'est Tchernobyl et des déchets pour cent mille ans. » Une partie de la jeunesse.
- « Le nucléaire, c'est mon emploi et l'électricité la moins chère d'Europe. » Les salariés de la filière et de l'industrie.
- « Pas d'éoliennes chez nous sans qu'on nous demande notre avis. » Des habitants de communes rurales.
Ce qui se passe vraiment
- En 2025, la France a payé 45,8 milliards d'euros de facture énergétique, surtout pour du pétrole et du gaz importés.
- La même année, d'après le bilan de RTE, l'électricité produite en France venait à 373 TWh du nucléaire, 62 TWh de l'hydraulique, 50 TWh de l'éolien et 33 TWh du solaire, sur environ 548 TWh. Elle est presque entièrement décarbonée.
- Le problème n'est donc pas l'électricité. C'est tout ce qui roule, chauffe et produit encore au pétrole et au gaz : transports, chauffage, industrie.
- Six nouveaux réacteurs EPR2 sont décidés, pour un devis de 72,8 milliards d'euros, soit environ 3,6 milliards par an. C'est moins que ce que coûte chaque année le pétrole importé.
- Depuis février 2026, la fermeture du détroit d'Ormuz montre ce que coûte la dépendance au pétrole : le livret 4 en donne la facture à la pompe.
Ce qu'on fait
- Sortir du pétrole au plus vite. Pour la santé, avec la pollution de l'air des villes et des axes routiers, pour le climat, et pour ne plus payer les crises du Golfe. Chaque usage qui peut passer à l'électricité ou à la chaleur renouvelable y passe, avec un calendrier par secteur.
- Chaque source à sa place.
- Le nucléaire comme socle : il produit en continu, sans carbone, à un coût connu sur soixante ans.
- Les barrages comme batterie : on remonte l'eau quand l'électricité abonde, on la turbine quand elle manque.
- L'éolien et le solaire comme compléments, là où ils ont du sens, et d'abord sur ce qui est déjà construit : toits, parkings, friches.
- La mer comme filière d'avenir : l'éolien en mer et les courants marins, avec des usines en France.
- Le nucléaire sans dogme. On regarde ses limites en face : le coût et les retards des chantiers, l'uranium importé en totalité, les déchets à vie longue, le risque d'accident. Pour chacun, une réponse publique et contrôlée : des chantiers suivis par le Parlement, des stocks et des fournisseurs d'uranium diversifiés, le stockage des déchets les plus dangereux décidé après débat et contrôlé par une autorité indépendante, et une sûreté qui ne cède jamais au calendrier.
- Les barrages restent un patrimoine public. Aucune mise en concurrence des concessions hydrauliques. Un plan national de stations de pompage pour stocker l'électricité des jours de vent et de soleil.
- Les riverains copropriétaires. Tout nouveau parc éolien ou solaire ouvre une part de son capital aux habitants et à la commune. Ceux qui vivent à côté touchent une partie de ce qu'il rapporte, et ont leur mot à dire avant qu'il se construise.
- La géothermie pour la chaleur. Elle ne fera pas tourner le pays en électricité, mais elle peut chauffer des villes entières, comme en Île-de-France depuis cinquante ans. Un réseau de chaleur dans chaque agglomération qui a la ressource.
- L'électrique sans naïveté. Batteries, terres rares, cuivre : la voiture électrique déplace la dépendance si on ne fait rien. On impose le recyclage des batteries en France, on soutient les moteurs sans terres rares que des constructeurs français produisent déjà, et on sécurise des approvisionnements hors d'un seul pays.
Qui décide, avec quel texte, dans quel délai
| Mesure | Voie | Délai |
|---|---|---|
| Programmation de l'énergie sur dix ans | Loi, votée par le Parlement | Première année |
| Barrages publics, sans mise en concurrence | Loi, puis négociation européenne | Première année |
| Part des riverains dans les parcs | Loi | Première année, pour tout nouveau projet |
| Réseaux de chaleur géothermiques | Plan, avec les collectivités | Sur dix ans |
| Recyclage des batteries en France | Loi et normes européennes | Mandat |
Combien, et qui paie
- Les EPR2 : environ 3,6 milliards par an, financés surtout par l'épargne réglementée de la Caisse des dépôts et par un livret d'épargne fléché, pas par le budget de fonctionnement.
- Les réseaux de chaleur : le Fonds chaleur de l'Ademe, 800 millions en 2026, est doublé. En 2025, il a financé près de 1 200 installations, dont plus de 300 en géothermie. Les stations de pompage sont un investissement des exploitants publics des barrages, financé par emprunt de long terme et remboursé par l'électricité stockée. EDF prévoit 1,5 GW de nouvelles stations d'ici 2035, si la loi sur les concessions est votée ; la seule station de Montézic 2 (460 MW) représente 500 millions d'investissement. Nous proposons de doubler cet objectif, à 3 GW : de l'ordre de 3 milliards d'investissement sur dix ans, hors budget de fonctionnement.
- La part des riverains : elle ne coûte rien à l'État. Elle se prend sur le capital des parcs.
- Ce qu'on économise : chaque milliard de pétrole et de gaz en moins reste en France. Sur 45,8 milliards de facture énergétique, c'est le gisement le plus important du pays.
Dès demain, sans attendre le pouvoir
- Créer une coopérative citoyenne d'énergie : des centaines existent déjà, le réseau Énergie partagée accompagne.
- Demander à sa mairie de couvrir de panneaux solaires les toits des écoles, des gymnases et des parkings publics.
- Proposer en conseil municipal un réseau de chaleur communal, au bois ou à la géothermie selon la ressource.
Les objections, et nos réponses
- « Le nucléaire est trop dangereux. »
- Aucune énergie n'est sans risque. Le pétrole tue chaque année par la pollution de l'air. Ce livre ne nie aucun risque du nucléaire : il demande qu'on les contrôle publiquement, et qu'on les compare honnêtement aux autres.
- « Avec le solaire et l'éolien, on n'a pas besoin du nucléaire. »
- Pas les jours sans vent ni soleil, l'hiver, quand la demande est la plus forte. Le stockage progresse, mais pas assez pour porter seul un pays industriel.
- « Les EPR coûtent trop cher. »
- Les premiers ont dérapé. Les suivants doivent être contrôlés par le Parlement. Et 3,6 milliards par an restent moins chers que la facture de pétrole et de gaz importés.
Comment on saura que ça marche
- La facture énergétique de la France, publiée chaque année.
- La part du pétrole et du gaz dans la consommation finale d'énergie.
- Le nombre de parcs éoliens et solaires dont les riverains sont copropriétaires.
Sources
- Production d'électricité : RTE, bilan électrique 2025.
- Facture énergétique 2025 : 45,8 milliards, en baisse de 21 % sur un an, aux trois quarts pétrolière : SDES, bilan énergétique 2025, rapporté par Gaz d'aujourd'hui.
- Fonds chaleur : Ademe, bilan 2025, avril 2026.
- Stations de pompage : EDF ; Montézic 2 : L'Usine nouvelle.
- Devis EPR2 : EDF, 18 décembre 2025, 72,8 milliards d'euros aux conditions de 2020, hors financement, dépêche AFP.
- Détroit d'Ormuz : Banque de France, octobre 2026 (voir le livret 4).