Partie II · Répondre · Livret 3 sur 17
Retraites et seconde vie
Actifs de plus de 45 ans, retraités, métiers usants.
En bref
La demande : partir à un âge où l'on peut encore vivre sa retraite, avec une pension qui ne fond pas. La réponse : un âge-socle à 62 ans garanti dix ans par la loi, un départ anticipé quand le travail a usé le corps, une vraie seconde vie professionnelle pour ceux qui le souhaitent, et un financement qui ne repose plus seulement sur les salaires. La règle : plus aucune réforme sans convention citoyenne ni vote.
Ce qu'on nous dit
- « Non aux 64 ans. » Des millions de manifestants en 2023, une réforme passée sans vote.
- « Une pension est un droit cotisé. » Les retraités dont la pension est gelée par le budget 2027 dès 1 260 euros bruts.
- « On ne tient pas jusque-là sur un toit, dans un Ehpad, sur un chantier. » Les métiers usants.
Ce qui se passe vraiment
- La réforme de 2023 est suspendue : l'âge légal est gelé à 62 ans et 9 mois jusqu'en janvier 2028 pour les générations nées de 1964 à 1968. Pour celles nées à partir de 1969, l'âge de 64 ans s'appliquera si rien ne change.
- En juin 2026, le Conseil d'orientation des retraites a revu à la hausse le déficit projeté du système, de 1,4 à 2,4 % du PIB en 2070.
- Le taux de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, son plus bas niveau depuis 1918.
- Le Fonds de réserve pour les retraites, créé en 1999 pour préparer le choc démographique, a atteint 37 milliards en 2011. Il a ensuite été ponctionné pour combler les déficits du moment : il ne restait que 20 milliards en 2024, et il sera presque vide en 2033.
- En 2017, quatre critères de pénibilité ont été retirés du compte prévu à cet effet : charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et agents chimiques.
- Les cotisations reposent presque entièrement sur les salaires. Une entreprise qui remplace des salariés par des machines cotise moins, même si elle produit autant.
Ce qu'on fait
- L'âge-socle à 62 ans, garanti dix ans par la loi. Plus tôt on peut partir, mieux c'est. La loi le fixe pour dix ans, pour que chacun puisse organiser sa fin de carrière sans craindre une réforme tous les trois ans.
- Partir plus tôt quand le travail a usé. Les charges lourdes, les postures pénibles et les vibrations reviennent dans le compte de pénibilité. Chaque année d'exposition rapproche le départ.
- Fin de la décote à 66 ans au lieu de 67 : celui qui n'a pas tous ses trimestres touche sa pension complète un an plus tôt.
- Aucune pension acquise désindexée. Une pension suit les prix, comme un salaire devrait le faire.
- La seconde vie professionnelle, pour ceux qui la veulent. Pas seulement pour des raisons d'argent : transmettre, changer de métier, ralentir.
- Un bilan de mi-carrière à 50 ans, gratuit, avec un conseiller.
- Une année de transition rémunérée pour se former à un nouveau métier.
- La retraite progressive opposable : l'employeur ne peut plus la refuser sans motif réel.
- Après le départ, chaque euro cotisé en travaillant ouvre de nouveaux droits, sans plafond.
- Un compte unique de droits, qui suit chacun d'un régime à l'autre. Les carrières hachées, les temps partiels subis et les changements de statut ne font plus perdre de droits.
- Financer autrement.
- Une contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, et pas seulement sur leur masse salariale : l'entreprise qui automatise continue de financer les retraites à proportion de ce qu'elle produit.
- Les revenus financiers mis davantage à contribution.
- Un fonds de réserve alimenté par une part de la participation, protégé par la Constitution pour qu'aucun gouvernement ne puisse plus le vider.
- Une convention citoyenne avant toute réforme. Des citoyens tirés au sort examinent tous les scénarios chiffrés pendant au moins six mois, puis le Parlement vote. Plus jamais une seule trajectoire présentée comme la seule possible.
Qui décide, avec quel texte, dans quel délai
| Mesure | Voie | Délai |
|---|---|---|
| Convention citoyenne sur les retraites | Décret de convocation | Cent premiers jours, pour six mois |
| Âge-socle, décote, pénibilité, indexation | Loi, après la convention | Première année |
| Contribution sur la valeur ajoutée | Loi de financement de la Sécurité sociale | Deuxième année |
| Seconde vie professionnelle | Loi, puis négociation interprofessionnelle | Première année |
| Fonds de réserve protégé | Révision de la Constitution, par référendum | Avec la réforme des institutions (livret 13) |
Combien, et qui paie
- L'âge-socle à 62 ans revient à renoncer à ce que rapporte le report à 64 ans : de l'ordre de 13 à 14 milliards par an à partir de 2030, selon les estimations disponibles. La fin de la décote à 66 ans s'y ajoute. La convention citoyenne vérifie ces montants sur les scénarios du Conseil d'orientation des retraites avant le vote.
- La recette en face est la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises. Son taux est fixé pour rapporter exactement ces 13 à 14 milliards : pas de dépense sans recette. Ce n'est pas un détail : c'est le choix de faire payer les retraites aussi par les machines et les profits, et pas seulement par les salaires.
- L'indexation des pensions jusqu'à 2 000 euros bruts, que le budget 2027 supprime, coûte 1,5 milliard, déjà compté dans le livret 14.
- La seconde vie professionnelle se finance largement elle-même : chaque senior qui continue à travailler par choix cotise au lieu de partir.
Dès demain, sans attendre le pouvoir
- Demander sa retraite progressive dès qu'on y a droit : depuis 2023, l'employeur doit justifier un refus par écrit.
- Faire reconnaître l'usure : déclarer ses expositions auprès du médecin du travail, garder une trace de chaque poste pénible.
- Transmettre son métier : devenir tuteur d'un apprenti dans les dernières années, ou rejoindre une association de bénévoles experts.
Les objections, et nos réponses
- « On vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps. »
- On vit plus longtemps, mais pas en bonne santé au même rythme, et pas de la même façon selon les métiers. La seconde vie professionnelle permet de travailler plus longtemps à ceux qui le veulent, sans l'imposer à ceux que le travail a usés.
- « Taxer la valeur ajoutée va faire fuir les entreprises. »
- La valeur ajoutée se mesure là où l'on produit et vend. La contribution remplace une partie des cotisations sur les salaires : elle déplace l'effort de l'emploi vers la production, elle ne l'alourdit pas.
- « Une convention citoyenne, c'est encore retarder. »
- Six mois de débat contre quinze ans de réformes passées en force et contestées. La convention ne retarde pas : elle donne enfin une réforme acceptée.
Comment on saura que ça marche
- L'âge moyen de départ, et l'écart d'espérance de vie à 62 ans entre ouvriers et cadres, publiés chaque année.
- Le nombre de retraites progressives accordées et refusées.
- Le solde du système de retraite, publié chaque année par le Conseil d'orientation des retraites.
Sources
- Suspension de la réforme de 2023 : loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.
- Conseil d'orientation des retraites, rapport annuel de juin 2026.
- Rendement du report à 64 ans : estimation de l'Ifrap, juillet 2024.
- Fonds de réserve pour les retraites : rapports annuels du FRR. Critères de pénibilité : ordonnance du 22 septembre 2017 relative au compte professionnel de prévention.
- Pensions gelées et indexation jusqu'à 2 000 euros : PLFSS 2027.