Partie II · Répondre · Livret 2 sur 17

Vivre de son travail

Salariés, fonctionnaires, indépendants, jeunes actifs.

En bref

La demande : qu'un salaire à temps plein permette de vivre, pas de survivre. La réponse : le SMIC net à 1 600 euros d'ici 2030 sans alourdir le coût du travail, la participation aux bénéfices dans toutes les entreprises de 11 salariés et plus, des salariés au conseil d'administration, la fin du gel du point d'indice, un revenu d'engagement dès 18 ans. Le coût pour l'État : environ 10,6 milliards par an en 2030, financés par les recettes du livret 14.

Ce qu'on nous dit

  • « Vivre dignement de son travail. » La phrase de la pétition des gilets jaunes, septembre 2026.
  • « Des salaires indexés sur les prix. » La demande commune des cinq confédérations qui appellent à la grève le 5 novembre 2026.
  • « Le dégel du point d'indice et son indexation. » L'intersyndicale de la fonction publique.
  • « Un revenu avant 25 ans. » Les associations de lutte contre la pauvreté, pour les jeunes que le RSA exclut.

Ce qui se passe vraiment

  • Au 1er juin 2026, le SMIC est à 12,31 euros bruts de l'heure, soit environ 1 478 euros nets par mois à temps plein.
  • Le point d'indice des agents publics est gelé depuis 2023 : quatre ans sans revalorisation générale pour les enseignants, les soignants, les policiers, les greffiers.
  • En 2022, un patron du CAC 40 gagnait en moyenne 162 fois le salaire moyen de son entreprise, contre 112 fois en 2006.
  • En 2024, 39 % des salariés étaient couverts par un accord de participation. Dans les entreprises de moins de 10 salariés, à peine un sur cinq bénéficie d'un dispositif de partage, contre près de neuf sur dix au-delà de 1 000 salariés.
  • Les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 98 milliards à leurs actionnaires en 2024 : 72,8 en dividendes et 25,5 en rachats d'actions.
  • Au deuxième trimestre 2026, le chômage atteint 8,3 %, et 21,6 % chez les 15-24 ans.

Ce qu'on fait

  1. Le SMIC net à 1 600 euros en 2030. On baisse les cotisations salariales sur les bas salaires, ce qui augmente le net sans alourdir ce que paie l'employeur. La perte de recettes est compensée par une contribution sur les produits fabriqués hors des normes sociales et environnementales imposées à nos propres entreprises (livret 4).
  2. La participation obligatoire dès 11 salariés. Aujourd'hui, elle ne l'est qu'à partir de 50. Un dispositif simple, mutualisé par branche, pour les plus petites entreprises. Au moins la moitié de la somme répartie à parts égales entre tous les salariés, pour que le partage profite d'abord aux plus bas salaires.
  3. Un tiers des sièges du conseil d'administration pour des représentants élus des salariés, dans les entreprises de plus de 1 000 salariés, comme en Allemagne.
  4. L'écart de 1 à 20 entre le plus bas et le plus haut salaire, dans les entreprises publiques et dans toute entreprise qui reçoit des aides publiques importantes. Il existe déjà en creux pour les patrons d'entreprises publiques, plafonnés depuis 2012 à 450 000 euros par an.
  5. La fin du gel du point d'indice, avec une revalorisation prioritaire des métiers de première ligne : enseignants, soignants, aides à domicile.
  6. Les salaires négociés chaque année sur les prix. Dans chaque branche dont les minima sont passés sous le SMIC, l'État convoque la négociation dans les trois mois, et l'impose s'il n'y a pas d'accord.
  7. Un revenu d'engagement dès 18 ans, en échange d'un parcours.
    • 800 euros par mois, le même montant que la solde du service national, et jamais les deux en même temps.
    • Le service national est le premier parcours. À la sortie, le revenu d'engagement prend le relais pour une formation qualifiante, un apprentissage ou une recherche d'emploi accompagnée.
    • Il est réservé aux jeunes de 18 à 25 ans sans soutien familial suffisant, sous conditions de ressources.
    • Un contrat est signé avec la mission locale ou France Travail, avec un référent unique. Si le parcours est abandonné, le versement est suspendu par paliers, après un entretien.
    • À 25 ans, le jeune rejoint le droit commun, sans cumul avec le RSA.
    Personne n'est laissé sur le bord de la route, et personne n'est payé à ne rien faire. C'est la différence avec un revenu universel versé sans condition.
  8. 100 000 emplois d'utilité territoriale d'ici 2030, en CDI, gérés par les intercommunalités, pour les chômeurs de longue durée. L'expérience « Territoires zéro chômeur », que la Cour des comptes juge utile, devient la règle.

Qui décide, avec quel texte, dans quel délai

MesureVoieDélai
Baisse des cotisations et SMICLoi de financement de la Sécurité socialePar étapes, 2028 à 2030
Participation dès 11 salariésLoiPremière année
Salariés au conseil d'administrationLoiPremière année
Écart de 1 à 20Décret pour le public, loi pour les aidesCent premiers jours
Point d'indiceDécret, après négociationCent premiers jours
Revenu d'engagementLoi de financesPremière année
Emplois d'utilité territorialeLoi, puis conventions avec les intercommunalitésMontée en charge jusqu'en 2030

Combien, et qui paie

  • Bascule des cotisations : neutre pour les finances publiques. Chaque euro de cotisation en moins est compensé par un euro de contribution sur la consommation de produits fabriqués hors normes.
  • Revenu d'engagement : au plus 4 milliards par an, selon l'estimation de l'Observatoire des inégalités pour environ 420 000 jeunes. Le non-cumul avec la solde du service national réduit ce montant.
  • Participation : elle ne coûte rien à l'État, mais on renonce à la mesure du budget 2027 qui la renchérit, soit 3,7 milliards de recettes.
  • Emplois d'utilité territoriale : 2,9 milliards par an en 2030, coût brut au niveau constaté par la Cour des comptes. Le coût net est plus faible, chaque emploi réduisant le RSA et les allocations.
  • Point d'indice et métiers de première ligne : intégrés à l'enveloppe de revalorisation des enseignants et des soignants du livret 14.
  • Qui paie : les aides publiques aux entreprises rendues conditionnelles, les très grandes fortunes et les grosses successions. Le détail est au livret 14.

Dès demain, sans attendre le pouvoir

  • Dans une entreprise de moins de 50 salariés, proposer un accord d'intéressement ou de participation volontaire : c'est déjà permis par la loi.
  • Créer une coopérative, ou reprendre son entreprise avec ses collègues quand le patron part à la retraite. Les unions régionales des Scop accompagnent gratuitement.
  • Vérifier sa grille de branche : si un minimum est sous le SMIC, le signaler à son syndicat et à l'inspection du travail.

Les objections, et nos réponses

« Augmenter le SMIC détruit des emplois. »
C'est le risque d'une hausse du coût du travail. Ici, le coût employeur ne bouge pas : c'est le net qui monte, par la baisse des cotisations.
« La participation va tuer les petites entreprises. »
Elle ne se déclenche que s'il y a un bénéfice, et le dispositif de branche évite la paperasse. Une entreprise sans bénéfice ne verse rien.
« Le revenu d'engagement, c'est du travail forcé. »
Le parcours est choisi par le jeune parmi les voies proposées, toutes utiles pour lui, et l'abandon n'entraîne une suspension qu'après un entretien. Le RSA, lui, ne lui donne rien avant 25 ans.

Comment on saura que ça marche

  • Le SMIC net mensuel, publié chaque 1er janvier, sur la trajectoire de 1 600 euros en 2030.
  • La part des salariés couverts par la participation, publiée chaque année par la Dares.
  • Le nombre de branches dont un minimum est sous le SMIC, qui doit tomber à zéro.
Sources
  • SMIC au 1er juin 2026 : décret de revalorisation.
  • Ratio de rémunération du CAC 40 : People Base CBM, 2022. Participation : Dares, 2024.
  • Versements aux actionnaires du CAC 40 en 2024 : La Lettre Vernimmen, janvier 2025.
  • Chômage : Insee, deuxième trimestre 2026. Revenu jeune : Observatoire des inégalités, 2021. Territoires zéro chômeur : Cour des comptes, juin 2025.
  • Plafonnement des dirigeants d'entreprises publiques : décret du 26 juillet 2012.