Partie II · Répondre · Livret 10 sur 17

Immigration : décider, accueillir, faire des citoyens

Tous. Le livret qui doit parler à la fois à ceux qui ont peur et à ceux qui accueillent.

En bref

La demande : qu'on dise enfin les vrais chiffres, et que quelqu'un décide. La réponse : un portail public unique des données, des moyens pour appliquer les décisions dans les deux sens, des besoins de main-d'œuvre fixés avec les employeurs, les syndicats et les maires, le français obligatoire et financé, et le peuple qui tranche le cap par référendum. Le principe : une frontière n'est pas un mur, c'est une décision.

Ce qu'on nous dit

  • « On ne maîtrise plus rien. » Une partie des Français, de tous milieux.
  • « On accueille mal, et on laisse des gens sans droits. » Les associations d'aide aux exilés.
  • « Sans eux, la vendange, l'hôpital et le bâtiment s'arrêtent. » Des employeurs et des maires.
  • « Mes parents sont venus d'ailleurs, et je suis d'ici. » Des millions de Français.

Ce qui se passe vraiment

  • En 2024, 336 700 premiers titres de séjour ont été délivrés : 109 300 pour des étudiants (un tiers), 90 600 pour des raisons familiales, 55 600 pour le travail, 55 000 pour des raisons humanitaires.
  • Fin 2025, près de 4,5 millions d'étrangers avaient un titre de séjour valide, soit 8,1 % de la population.
  • 116 476 demandes d'asile ont été enregistrées. Les éloignements et départs volontaires ont atteint 32 379, pour 147 000 interpellations d'étrangers en situation irrégulière en 2024 : l'écart dit le manque de moyens consulaires et judiciaires.
  • L'aide médicale d'État comptait environ 466 000 bénéficiaires fin 2024, pour 1,16 milliard d'euros, soit environ 0,5 % des dépenses de santé de l'État. Les fraudes avérées se comptent en dizaines par an.
  • En 2024, seuls 44,6 % des signataires du contrat d'intégration ont suivi une formation en français, le taux le plus bas depuis 2017.
  • Aujourd'hui, la Constitution interdit de soumettre l'immigration au référendum.
  • Depuis le 12 juin 2026, le pacte européen sur la migration et l'asile s'applique directement en France, sans vote du Parlement. Il prime sur la loi française.

Ces chiffres ne décrivent pas une invasion. Ils décrivent un flux soutenu, très divers : l'étudiant qui vient à l'université, le saisonnier des vignes, la famille qui fuit une dictature, le travailleur sans papiers du bâtiment. Les traiter comme un seul phénomène est une erreur avant d'être une faute.

Ce qu'on fait

  1. Les vrais chiffres, d'abord. Un portail public unique publie toutes les données, chaque trimestre : titres par motif, asile, éloignements, aide médicale. Ces chiffres font foi : plus personne ne peut les gonfler ni les cacher.
  2. Appliquer les décisions, dans les deux sens. Des moyens pour les préfectures, les consulats et la police aux frontières. Une demande d'asile traitée vite. Celui qui fuit la persécution est vraiment protégé ; celui qui n'a pas le droit de rester est vraiment reconduit. Une politique se juge à ses résultats, pas aux discours.
  3. Négocier avec les pays de départ. Coopération, aide ciblée, accords de réadmission, et quand il le faut, pression sur les visas. D'égal à égal.
  4. Le travail au cœur. Les besoins de main-d'œuvre, médecins pour les déserts médicaux, saisonniers, métiers en tension, sont fixés chaque année avec les employeurs, les syndicats et les maires, par la Chambre des forces vives (livret 13), et non par décret.
  5. Faire des citoyens. Le français obligatoire, financé et accessible pour tout nouvel arrivant, condition du renouvellement du titre. Le travail, l'école, le logement mixte plutôt que la concentration dans des quartiers sans service public. Une politique d'immigration réussie se voit une génération plus tard.
  6. Se soigner. Les soins vitaux et la santé publique pour tous, parce qu'un virus ne demande pas les papiers. Le non-urgent, encadré et contrôlé.
  7. Le droit du sol de l'engagement. L'enfant né en France de parents étrangers devient français à sa majorité s'il y a vraiment grandi, y a été scolarisé, en parle la langue et le veut. On passe d'une acquisition subie à une acquisition voulue. Ces principes ne peuvent plus être changés que par référendum.
  8. Le peuple tranche le cap. L'immigration entre dans le champ du référendum. On ne vote pas les dossiers individuels : on vote les grandes orientations, le regroupement familial, l'architecture de l'asile.
  9. Dire la vérité sur l'Europe. Depuis juin 2026, le pacte européen fixe l'essentiel de la politique d'asile. Un référendum français n'aurait pas de sens sans une clause de sauvegarde permettant à la France de ne pas appliquer un texte européen contraire à ce que son peuple a décidé (livret 11). Tout programme qui promet un référendum sans le dire ment.

Pourquoi nous n'employons pas le mot « assimilation »

Pour beaucoup d'enfants d'immigrés, ce mot rappelle l'injonction d'effacer d'où l'on vient pour être accepté. Ce n'est pas ce que nous demandons. Nous demandons d'adhérer à des règles communes : la langue, la loi, la laïcité, l'égalité entre les femmes et les hommes. On peut aimer la cuisine de sa grand-mère et la langue de ses parents, et être pleinement citoyen. Le fond ne change pas : la République fait des citoyens, pas des communautés. Un Français est un Français, sans tri par origine.

Qui décide, avec quel texte, dans quel délai

MesureVoieDélai
Portail public des donnéesDécretCent premiers jours
Moyens des préfectures, consulats, asileLoi de financesPremière année
Formation en français obligatoire et financéeLoiPremière année
Besoins de main-d'œuvreChambre des forces vives, chaque annéeAprès la réforme des institutions
Immigration ouverte au référendum, droit du sol protégéRévision de la Constitution, par référendumAvec la réforme des institutions
Clause de sauvegarde européenneConstitution et négociation européenneMandat

Combien, et qui paie

  • Les préfectures : environ 900 agents traitent les éloignements et le contentieux des étrangers. Entre 2017 et 2022, les obligations de quitter le territoire ont augmenté de 60 %, ces effectifs de 9 % seulement. On double ces services : environ 50 millions par an. Les tribunaux sont dans la trajectoire de la justice à 0,4 % du PIB (livret 12). Les consulats, dont le budget de fonctionnement est d'environ 154 millions, n'ont pas retrouvé leurs effectifs de 2017 : on les rétablit, pour quelques dizaines de millions par an.
  • La formation en français : l'accueil des nouveaux arrivants et la formation linguistique de l'OFII sont financés par 268,4 millions en 2026. Depuis le 1er janvier 2026, il faut le niveau A2 pour une carte pluriannuelle, B1 pour la carte de résident, B2 pour la nationalité ; or seuls les signataires qui ne savent ni lire ni écrire, environ 17 %, ont droit à un parcours en présentiel de 600 heures, les autres étant orientés vers une plateforme en ligne. On donne à chacun les cours en présentiel dont il a besoin pour atteindre le niveau qu'on exige de lui : environ 100 millions de plus par an, l'ordre de grandeur que le ministère avançait lui-même en 2023 pour la réforme de la formation. Elle se rembourse par l'accès au travail.
  • L'aide médicale d'État : son coût reste de l'ordre de 1,2 milliard. Le soin précoce coûte moins cher que l'hôpital en urgence.

Dès demain, sans attendre le pouvoir

  • Donner des cours de français bénévoles dans une association de sa commune.
  • Parrainer un nouvel arrivant vers l'emploi : un CV, un réseau, un premier stage.
  • Demander à sa préfecture les chiffres de son département, et les publier.

Les objections, et nos réponses

« Un référendum sur l'immigration, c'est ouvrir la boîte de Pandore. »
C'est le sujet qui divise le plus, et le seul que le peuple n'a jamais le droit de trancher. Le laisser aux seuls juges et aux cabinets nourrit la colère. Un débat sur des chiffres publics, suivi d'un vote, l'apaise.
« Le droit du sol de l'engagement, c'est une remise en cause du droit du sol. »
Le droit du sol est maintenu. Il est déjà conditionné à la résidence aujourd'hui ; on y ajoute la volonté exprimée à la majorité, comme une solennité.
« Il faut fermer les frontières. »
Les hôpitaux, les vendanges et le bâtiment ont besoin de travailleurs, et le droit d'asile protège des vies. On ne ferme pas : on décide, ensemble, et on applique ce qui est décidé.

Comment on saura que ça marche

  • Le délai moyen de traitement d'une demande d'asile, publié chaque trimestre.
  • Le taux d'exécution des décisions d'éloignement.
  • Le taux d'emploi des nouveaux arrivants trois ans après leur arrivée, et leur niveau de français.
Sources