Partie II · Répondre · Livret 8 sur 17

Se soigner, vieillir

Patients sans médecin, soignants, aidants, retraités.

En bref

La demande : trouver un médecin, être soigné sans se ruiner, vieillir chez soi dignement. La réponse : d'abord des capacités, avec des centres de santé publics et des médecins salariés là où il en manque, puis la prise en charge intégrale des soins par la Sécurité sociale, à la place des mutuelles, en trois étapes sur six ans. Le soin à domicile revalorisé, la psychiatrie doublée. Le principe : la capacité avant la gratuité.

Ce qu'on nous dit

  • « Je n'ai plus de médecin traitant depuis qu'il est parti à la retraite. »
  • « Je paie ma mutuelle plus cher chaque année, et je suis moins bien remboursé. » Les retraités, qui n'ont plus d'employeur pour la cofinancer.
  • « Huit domiciles par jour, les trajets non payés. » Les aides à domicile.
  • « Six mois pour un rendez-vous chez le psychiatre. » Les familles des jeunes en souffrance.

Ce qui se passe vraiment

  • En 2025, 6,3 millions d'assurés n'avaient pas de médecin traitant, soit 11,5 % des adultes.
  • Près de 87 % du territoire est classé en fragilité médicale. Plus d'un tiers des Français disent avoir renoncé à des soins faute de rendez-vous.
  • Les ménages paient deux fois : par leurs cotisations à l'Assurance maladie, puis par leur mutuelle. Le budget 2027 prolonge la taxe de 2,05 % sur les mutuelles.
  • En vingt-cinq ans, 88 000 lits de psychiatrie ont fermé, quand le nombre de personnes suivies est passé de 1,1 à 2,5 millions. Le suicide est la première cause de décès chez les 15-29 ans.
  • Il faudra entre 150 000 et 200 000 emplois de plus dans l'accompagnement du grand âge d'ici 2050. En 2022, un tiers des aides à domicile avaient 55 ans ou plus.

Ce qu'on fait

  1. La capacité avant la gratuité. Rendre les soins gratuits sans médecins, c'est créer des files d'attente, pas de l'égalité. Les deux premières années sont consacrées à l'offre :
    • un réseau de centres de santé publics, avec des médecins salariés, dans les territoires sous-dotés ;
    • 500 patients minimum suivis par chaque généraliste comme médecin traitant, comme le recommande la Cour des comptes, en échange d'une rémunération forfaitaire plus forte ;
    • l'installation dans une zone déjà bien dotée conditionnée au départ d'un médecin ; trois ans en zone sous-dotée pour les médecins formés sur fonds publics ;
    • plus de places en études de médecine, financées, avec les enseignants et les terrains de stage qui vont avec ;
    • les infirmiers en pratique avancée et les pharmaciens reconnus en premier recours.
  2. La prise en charge intégrale, en trois étapes sur six ans. Années 1 et 2 : plus de franchises pour les enfants et les malades de longue durée. Années 3 et 4 : médecin traitant, analyses, médicaments essentiels, optique et dentaire de base pris en charge à 100 %. Années 5 et 6 : tout le panier de soins. Les mutuelles se recentrent sur les besoins particuliers.
  3. On paie une fois. À chaque étape, une cotisation remplace, euro pour euro, la prime de mutuelle supprimée. Le ménage ne paie pas plus : il paie une seule fois, et les retraités cessent de payer le prix fort.
  4. Des infirmiers et des aides-soignants en nombre. Les 15 000 postes d'infirmiers vacants à l'hôpital public pourvus, puis 15 000 de plus, avec un nombre minimal de soignants par patient. Les places en écoles d'infirmiers augmentées d'un quart. Les nuits et les week-ends mieux payés.
  5. Vieillir chez soi. Un plan pluriannuel de revalorisation des aides à domicile et des aides-soignants, les temps de trajet entièrement payés, une filière de formation ouverte aux jeunes du revenu d'engagement et du service civique.
  6. Les aidants reconnus. Un statut, et un congé rémunéré à 70 % pour ceux qui s'occupent d'un proche.
  7. La psychiatrie et les addictions. Les moyens doublés pour la psychiatrie, la pédopsychiatrie et les centres de soins en addictologie. Un psychologue dans chaque lycée.
  8. Les urgences à moins de trente minutes. Tout bassin de vie plus éloigné d'un service d'urgences ouvert en permanence devient une zone prioritaire pour les moyens.

Qui décide, avec quel texte, dans quel délai

MesureVoieDélai
Centres de santé, installation, places en médecineLoi de programmation de la santéAnnées 1 et 2
Franchises supprimées pour enfants et longue maladieLoi de financement de la Sécurité socialePremière année
Prise en charge à 100 %Lois de financement successivesAnnées 3 à 6
Aides à domicile et temps de trajetLoi, négociation de branchePremière année
Statut de l'aidantLoiPremière année

Combien, et qui paie

  • La prise en charge intégrale : environ 40 milliards transférés des primes de mutuelle vers la Sécurité sociale. C'est neutre pour les ménages, et on en attend environ 5 milliards d'économies de gestion à terme.
  • Les centres de santé : de l'investissement, financé par emprunt de long terme et épargne fléchée.
  • 30 000 infirmiers : environ 1,8 milliard par an une fois tous recrutés. Le salaire net moyen des personnels soignants de l'hôpital public était de 2 565 euros par mois en 2023 ; avec les cotisations de l'employeur, un poste d'infirmier coûte de l'ordre de 60 000 euros par an.
  • La psychiatrie et les addictions : 1,5 à 2,5 milliards par an.
  • Le congé des aidants : 0,8 à 1,5 milliard par an.
  • Les métiers du grand âge : dans l'enveloppe de la branche autonomie, par redéploiement et par les économies de gestion de la Grande Sécu.

Dès demain, sans attendre le pouvoir

  • Pousser sa commune à ouvrir une maison ou un centre de santé : beaucoup l'ont déjà fait, avec des médecins salariés.
  • Créer un collectif de patients dans son bassin de vie pour recenser les besoins et les publier.
  • Organiser les aidants de sa commune : un réseau d'entraide, un relais pour souffler.

Les objections, et nos réponses

« La gratuité va faire exploser la consommation de soins. »
Personne ne se fait opérer par plaisir. Ce que produit le reste à charge, c'est le renoncement : la carie qui devient abcès, puis l'hospitalisation qui coûte dix fois plus cher.
« Supprimer les mutuelles, c'est supprimer des emplois. »
Les mutuelles restent pour les besoins particuliers. Les salariés concernés sont prioritaires pour les emplois créés dans les caisses et les centres de santé.
« Obliger les médecins, ça les fera fuir. »
On ne contraint pas l'installation en zone sous-dotée : on régule seulement l'installation là où il y a déjà assez de médecins, comme pour les pharmaciens et les infirmiers.

Comment on saura que ça marche

  • Le nombre d'assurés sans médecin traitant, publié chaque trimestre.
  • Le taux de renoncement aux soins, mesuré chaque année.
  • Le délai moyen pour un rendez-vous en psychiatrie, par département.
Sources
  • Médecins traitants et recommandation des 500 patients : Cour des comptes, 30 septembre 2026.
  • Grande Sécu : Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie, rapport du 14 janvier 2022.
  • Psychiatrie, fragilité médicale, renoncement : rapport du Sénat de juin 2025.
  • Grand âge : DREES, février 2026.
  • Salaires de l'hôpital public : DREES, Études et résultats n° 1343, juillet 2025.
  • Postes d'infirmiers vacants : enquête de la Fédération hospitalière de France, juin 2022, rapportée par Infirmiers.com.